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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 18:51

- Le Dr Bonnemaison, urgentiste à Bayonne, au vue des éléments actuels de l'enquête, aurait mis fin, non pas à la vie de quatre patients mais abrégé leur agonie:

- Oui, il y a des cas en médecine, où il est certain que les désordres organiques sont irréversibles et ne peuvent conduire qu'à la mort, soit dans des souffrances atroces, soit dans un état comateux  qui peut durer des mois, et parfois sous de hautes doses séddatives, morphiniques, qui, ne soyons pas hyppocrite, abrègerons également la fin de vie sans qu'on parle d'euthanasie.

- Alors pour avoir travaillé dans divers établissements hospitaliers ou établissements de soins(maisons de retraite), pour éclairer le débat, je vais vous faire part de diverses situations et de ma propre opinion née de cette longue expérience:

 

- Tout d'abord, avant de s'insurger contre l'euthanasie en phase d'agonie, ne doit-on pas d'abord s'insurger d'abord contre des pratiques médicales inhumaines dont la barbarie entraînera le décès indirectement, tout simplement parce qu'elles ne sont dictées que par des mobiles économiques et détruit chez celui qui le subit l'envie de vivre, tout simplement ?

-C'est l'histoire de nombreuses personnes âgées, vivant seules et autonomes chez elles, sans aide, parfois il est vrai, parce qu'elles ne supportaient pas toute intrusion dans leur intimité. Hospitalisées pour un motif médical dont elles récupèrent très bien, peut être un peu plus lentement qu'une personne plus jeune, mais voilà, la famille voudrait profiter de l'occasion pour la "placer", fatiguée de visites trop fréquentes, ou inquiète de "ce qui pourrait arriver si elle tombe" ou qui a déjà eu plusieurs chutes ayant entraîné une hospitalisation  et un retour à domicile suite à une refus de placement en maison de retraite. Alors elle est "expédiée" en maison de retraite, parce que "la famille le veut" et que l'on craint le mécontentement et la plainte éventuelle de la famille mais une personne âgée, elle, n'ira pas portée plainte..., parce qu'elle est dans un service hospitalier de "court séjour" et qu'il faut de la place, parce ce que les va et viens domicile-hôpital sont contraire à la politique de restriction budgétaire des hôpitaux. Parfois, elles étaient expédiées de force dans une maison de retraite en dehors de leur département de domiciliation, tournant ainsi brutalement le dos au passé, et attendant venir la mort dans un établissement dit "de soins"  qui est pour elles une prison.

J'avais connu une époque où les personnes âgées après hospitalisation, allaient "en moyen séjour", et bien souvent une rééducation et une stimulation adaptée permettaient le retour à domicile avec aide ou sans aide, et si elles devaient aller en maisons de retraite, au moins elle pouvait choisir. Mais restriction budgetaire oblige, bien des lits en moyen séjour étaient supprimés. Combien de personnes âgées ai-je vu s'améliorer les deux premiers mois suivant leur admission dans une maison de retraite hors de leur département parce que l'hôpital ne voulait pas bloquer (à juste titre) ses lits de courts séjours, par ce que les maisons de retraite des environs étaient saturées et les lits de moyen séjour inexistants, puis sombrer dans un syndrome de glissement le 3eme mois et mourir en un mois quand elles avaient compris qu'elles étaient dans un établissement de soins "prison" en attendant leur mort.

- Mais dans ce même établissement on faisait des prouesses pour "conserver"  des grabataires parfois très âgés et dans un état comateux, parce qu'un lit occupé en permanence par le même patient c'est rentable. L'usage d'antibiotiques chez des patients en fin de vie a très certainement contribué au développement de la résistance aux antibiotiques et donc à l'escalade onéreuse de la lutte anti-bactérienne et à la perte de chance de vie pour d'autres.

 

- Ne doit-on pas également s'interroger sur les raisons qui font qu'une agonie est si longue et douloureuse que la question de l'euthanasie se pose.

- Il y a deux grandes causes à cela:

 

-Lorsqu'on vient à un âge avancé en bonne santé, la mort est souvent rapide: infarctus, complication de grippe, accident vasculaire cérébral, rupture d'anévrisme...

La mort devient donc difficile quand elle n'est pas "naturelle":

- Quand une affection mortelle atteint un organisme encore jeune, c'est le cas des cancers.

J'ai le souvenir d'une femme atteinte d'un cancer gynécologique à une époque où j'étais interne en médecine générale.

Le cancer a envahi la cavité péritonéale, on ne peut pas l'opérer. On sait qu'elle va mourir de péritonite, c'est à dire d'une douleur identique à celle de l'accouchement mais permanente, longue, et qui débouche invariablement sur la mort. L'assistant l'examine, il constate une défense, avant de partir il me dit qu'elle va mourir ce week end, qu'elle va souffrir, rien, pas même la morphine ne pourra la calmer. J'ai déjà vu ce genre de situation, je lui prescrit un traitement antalgique à la fois par voie veineuse continue, et par voie sous cutanée. Le lundi qui suit, j'apprend qu'elle est morte le samedi après midi comme l'avait prévu l'assistant, et je demande à l'infirmière: "elle n'a pas trop souffert?"  "Si, me répond t-elle, ce fut horrible, elle hurlait.Et elle m'avoue que cet après midi là c'était la stagiaire infirmière, cette dernière en voyant le traitement a eu peur de commettre une euthanasie, elle a téléphoné à l'interne de garde qui ignorant la situation critique de la patiente, pensa à une erreur et conseilla par téléphone de faire uniquement le traitement par perfusion.

- Quand la réanimation a apporté des éléments nutritifs à un organisme incapable de se nourrir, surtout s'il y a eu transfusion sanguine. Alors si la médecine a maintenu une vie de manière artificiel, parfois chez des gens âgés, pour obtenir seulement une résistance à la mort et une agonie longue et douloureuse. n' est-il pas du  devoir de la médecine de supprimer cette agonie dont elle est responsable?

-Mais parfois, il y a des patients qui s'éteignent lentement et dans le calme, on n'a pas le droit de leur "voler leur mort", même si un membre de sa famille le demande.

Je pense que la seule personne apte à juger si un patient a besoin d'être aidé pour abréger une douloureuse agonie, c'est le médecin en qui il a placé sa confiance, le médecin hospitalier qui le suit avec son médecin de famille également. Certains craignent qu'un médecin fasse erreur? Evidemment, mais un chirurgien qui n'opère pas la bonne jambe ou un pilote d'avion qui commet une erreur fatale c'est bien plus grave sans pour antant que l'on se demande s'il faut interdire la chirurgie ou les avions de voler.

 

- Le refus de l'euthanasie débouche parfois sur une grande hypocrisie:

-On n'opère pas un patient car il est inopérable(envahissement d'un cancer), mais on sait que sans opération il ne peut survivre.

-On refuse l'euthanasie sous prétexte que les soins palliatifs adoucissent une agonie, débouchant ainsi sur la création de service ayant un coût économique alors qu'au nom de raisons économiques on crée des situations qui suppriment des vies.

- J'ai vu une personne âgée en insuffisance rénale terminale ne pouvant être dialysé, on avait donc pris la décision de la laisser mourir, mais l'infirmière refusa de lui donner un anxiolytique qu'elle prenait habituellement ce qui contraria la mourante.

- J'ai vu mettre sous antibiotique, un patient que l'on ne pourra jamais réalimenter, qui a le dos couvert d'escarre et à qui on administre par perfusion des séddatifs puissants le maintenant dans un coma artificiel.

- La différence entre soins palliatifs et euthanasie est que dans le premier cas on abrège la vie sur des mois du fait de la nécessité des doses fortes de morphiniques et de leur action de dépression sur le centre respiratoire, dans l'euthanasie on le fait rapidement.

- Mais surtout, la pénalisation de l'euthanasie est source d'angoisse pour ceux qui, se sachant atteint d'une affection mortelle incurable, craignent encore plus que la mort, la déchéance et la souffrance de l'agonie. Alors je pense que chacun, encore en bonne santé, devrait se prononcer sur leur désir ou non d'euthanasie en cas d'agonie prolongée, et éventuellement le nom de la personne qui devrait prendre cette décision, et surtout cela éviterait l'horreur que peut représenter une demande d'euthanasie par une personne en fin de vie. A titre personnel, j'ai vu de nombreuses vies s'éteindre au cours de ma carrière, mais si je pouvais choisir, j'aimerais en fin de vie, être euthanasié comme le fut ma première chienne, par une injection de barbiturique. Sa pupille se dilata en mydriase, signant sa mort, avant même la fin de l'injection mortelle, et sans qu'elle manifesta ni signe de douleur ni signe de détresse respiratoire, ce qui pour moi apparait comme particulièrement éprouvant. Si je pouvais c'est donc à mon vétérinaire que j'aimerais m'adresser!

 

 

 

 

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Published by marie-jeanne jourdan - dans actualités
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