Chapitre deux:
- Les années heureuses -
« Il en faut peu pour être heureux,
Vraiment trop peu pour être heureux… »
- Ainsi chante l’ours Baloo du film de Walt Disney « le livre de la jungle », et cette chanson fut longtemps la mienne, du temps où mère de
famille au foyer, comblée par trois beaux enfants, un simple sourire échangé et complice avec l’un d’entre eux suffisait à me rendre heureuse.
-Mon rêve s’était réalisé, j’avais trois beaux enfants, et nous vivions à la campagne, et pour comble de
bonheur j’avais également une chienne, une grosse bête, bâtarde berger allemand - chien de montagne, et qui veillait efficacement sur mes bambins.
J’avais eu cette chienne quelques mois avant d’accoucher de mon second enfant, comme pour compenser mon absence auprès de mon fils avec qui je passais tant de temps, l’emmenant
partout où j’allais, mon accouchement allait être notre première séparation . Quand je revins à la maison, irrémédiablement, sitôt chassée, la chienne venait se coucher entre les roues du landeau;
car il était dans mes habitudes familiales héritées de ma mère de laisser un enfant dormir le plus possible au plein air, ce qui était selon ma mère un avantage certain pour avoir un enfant
vigoureux, qui devait passer la première année de sa vie au moins, sans être malade, ne serait-ce que d’un rhume. Je finis, de guerre lasse, et après avoir observé que ma chienne ne bousculait
jamais le landau, par la laisser coucher au seul endroit qui lui convenait, c’est-à-dire, toujours au plus près du nourrisson.
Un jour, cependant, depuis une fenêtre du premier étage, je la vis mordiller à plusieurs reprises la moustiquaire protégeant le landau. En vain, je l’interpellais, elle continuait et je descendis
dans la cour pour m’apercevoir, qu’une guêpe s’était glissée sous la moustiquaire et la chienne tentait de la tuer.
Puis un jour, les enfants grandir, et je décidais de reprendre une activité médicale, car je souhaitais augmenter nos revenus, les besoins des enfants grandissant avec eux, mais
aussi, parce que pour moi, la médecine est avant tout un art que j’aimais exercer, un art, certes, exigeant une grande rigueur scientifique, mais un art pour soulager le physique souffrant comme le
psychisme, avant d’être une technique de soins. Je décidais donc pour « me remettre dans le bain, » de rechercher un travail salarié avant d’envisager un jour d’exercer en cabinet
médical libéral, ce qui étais un rêve de longue date.
J’acceptais donc un poste d’assistant dans le service de rééducation de La Marine, au sein de l’hôpital de soins de suite, La Marine
-Bélivieux, à Basseville Lorgnio. Là encore, malgré toutes les difficultés que peut rencontrer une mère de famille de trois jeunes enfants qui travaille loin de son domicile, car l’hôpital de
Belville ne m’avait jamais offert aucun poste du fait d’un mode de recrutement fonctionnant sur un mode « copinage ».C’était le bonheur, ce travail me plaisait énormément de part
sa diversité. Ce n’était pas un grand centre de rééducation renommé, il recevait pas mal de personnes âgés ou encore des éthyliques, des patients psychiatriques, des cas sociaux cherchant à
prolonger un séjour en tant qu’hébergement, aussi bien que des jeunes gens ayant subi un traumatisme sévère d’un membre, ou une ostéïte (infection osseuse), ou encore des opérés de la colonne
vertébrale. Ainsi avait-on une population de patients très inhomogène, c’est cela aussi que j’aimais. Cette variation des âges, profitait notamment aux plus âgées, ils se sentaient intégrer à un
groupe qui était là provisoirement, pour progresser; d’autre part le personnel était plus nombreux et plus qualifié que dans bon nombre de maisons de retraite dites « médicalisées, même sans
visites, une personne âgée se sentait entourée. Le chef kiné était formidable, très compétent, mais aussi très humain, s’occupant du physique mais aussi du mental, son approche était très
individualisé, établissant pour chacun le programme le mieux adapté.
Mais ce bonheur devait être de courte durée. Alors que le service semblait recevoir de plus en plus de personnes âgées et que le poste d’assistant dans ce service semblait plus
convenir à un médecin généraliste qu’à un assistant de rééducation, alors que peu de temps après mon arrivée, j’avais dû remplacer mon chef de service pendant ses congés et en plus passer pendant
quelques temps dans des services de gériatrie situés à Bérivieux, pendant les congés des médecins de ces services, c’est alors donc que Mme la surveillante générale, Mme Tordcu, qui, disait-on
était très intime avec le directeur, en profita pour imposer son neveu qui cherchait une planque pour finir sa préparation de médecin rééducateur. Je n’eus pas d’autre choix que d’accepter de
travailler à Bélivieux mais j‘ignorais que je commençais ma descente aux enfers.
- A Bélivieux régnaient quatre gériatres,
-
Le Dr Jean Péteux, qui faisait office de chef de service, et aimait qu’on l’écoute discourir, étalant comme on dit son savoir « comme de la
confiture, » c’est-à-dire un médecin sans grandes compétences mais désirant être pris pour tel et donc pérorant au milieu du personnel qu’il agaçait par des discours amputant sérieusement le
temps de travail. Il était d’un égocentrisme remarquable. En ce qui me concerne, je n’ai jamais hésité à changer une garde pour rendre service à un confrère, et même pris les gardes d’une consoeur
malade pour éviter que nos charmants confrères ne demande son renvoie. Un jour, parce qu’un de mes fils était malade, je lui demandais de bien vouloir échanger une garde. Il me répondit, « je
ne change jamais mes gardes, je ne peux pas prendre de garde ce jour là car ma femme fait ses courses ce jour là et c’est moi qui doit sortir le chien! »
- Le Dr Camille Parano, elle est plus jeune que moi, mais elle a déjà l’orgueil irascible d’une vieille demoiselle, possessive et despotique avec ses patients grabataires comme d’autres le sont
avec leur chat.Elle n’a confiance en aucun de ses confrères, et demande aux infirmières de l’appeler même le dimanche quand elle n’est pas de garde
si un patient venait à s’aggraver, de n’appeler le médecin de garde qu’en cas d’extrême urgence et si on n’a pas pu la joindre. Et si un grabataire ne mange plus, elle n’hésite pas à demander,
comme dans le « bon vieux temps », à ce que l’on l’attache et qu’on le gave par sonde gastrique. Je dis comme « dans le bon vieux temps car si jadis ces pratiques étaient courantes,
à cette époque là, la gériatrie avait dénoncée ces pratiques barbares qui avaient disparues de bon nombre d’établissements. Mais il est vrai, qu’aucun service de gériatrie de nos jours n’est aussi
tyrannique et cruel que ne le furent les « mouroirs » d’antan, où les services pour personnes âgées dépendantes de jadis, où dès la première fuite urinaire, bien souvent du fait que la
personne ne pouvait se déplacer, attachée au lit où au fauteuil pour éviter qu‘elle déambule dans le couloir. On lui imposait la mise en place d’une sonde à demeure, des antiseptiques urinaires à
vie, pour tout vêtement une chemise d’opéré et une robe de chambre parfois qui le plus souvent ne cachait pas une indécente nudité. Tout cela dans le but « d’éviter des escarres », alors
que par ce système elle perdait très vite la marche et le goût de vivre.
- Le Dr Mireille Bongenre, c’était une jeune femme très sûre de sa valeur personnelle. Comme bien d’autres, le satut de médecin généraliste lui semblait manquer de classe, la capacité de gériatrie
avait l’avantage, contrairement à l’internat ou aux CES de jadis, d’être à la portée de tous, sans travail excessif, et au bout de deux ans, on pouvait se pavaner avec un titre ronflant de
« gériatre » que le commun des mortels pouvait assimiler à une spécialité comme cardiologue, pédiatre…
Quand je lui fut présenté par le Dr Péteux, pour qui j’étais une bénédiction du ciel qui allait permettre à chacun de prendre ses congés comme il l’entendait, sa réaction me fit très rapidement
comprendre à quelle prétentieuse consoeur j’avais à faire:
« Mais elle n’est pas gériatre, avec elle le personnel va tout oublier de ce que nous lui avons enseigné et c’est nos efforts sur deux ans qui seront perdus, « ils » râlent déjà
qu’il y a trop de fiches à remplir, avec elle « ils » ne feront plus rien!
- « Je sais bien, répondit le Dr péteux, mais elle va s’inscrire à la capacité de gériatrie et je serai toujours là en ton absence pour la conseiller. »
- Et enfin le Dr Ducon, dont je vous avais précédemment parlé. Un jour au self du personnel où nous mangions tous deux, nous eûmes la discussion suivante:
- « Il parait que dans le cadre de la restructuration, un poste d’assistant doit être supprimé, « ils » viennent de me muter à Bélivieux, je suis donc la
dernière rentrée, ils vont me laisser faire les remplacements des congés d’été et ensuite probablement, en octobre mon contract ne sera pas renouvellé.
- « Ah non, me répondit-il, si quelqu’un doit gicler, ce sera moi, tu es rentré en octobre et moi en décembre de la même année, le fait que l’on t-ai mutée de La Marine à
Bélivieux, n’a pas d’importance, c’est la même administration, et comme je suis rentré dans l’établissement presque deux mois après toi, c’est à moi que l’on demandera de faire mes valises. Mais ne
t’inquiète pas, on pourra rester tous les deux, on s’entend bien, et tu peux nous aider à gagner un poste de médecin généraliste. Un service doit fermer, ce sera ou la rééducation à La Marine, ou
un poste de gériatrie à Bélivieux. Bonato (mon ex chef de service à La Marine) t’a lâché, il n’avait qu’à taper du poing et refuser le neveu de l’amie du directeur.On sait le travail que tu
fournissais,
Le chef kiné nous as bien dit que tu étais un bon médecin et que tu n’avais pas ton pareil pour motiver les patients, qu’ils soient asociaux, éthyliques ou psychiatriques, je sais également que tu
prenais en charge une bonne partie de tout ce qui incombe comme charge administrative à un médecin, nous somme heureux de t’avoir parmi nous. Lundi prochain, il y a une réunion du personnel
organisé par un syndicat, on ira tous, vient avec nous, et dit que nous sommes aussi compétent que Bonato, regarde ce qu’il a fait écrire dans le prospectus du syndicat: « Si le service
de rééducation ferme, nous allons perdre le personnel le plus qualifié, médecin rééducateur, kinés, tout ceux qui peuvent faire la renommée d’un établissement, et recruter des patients, loin, hors
de la commune de Basseville. »Vient, et dis leur que nous sommes aussi qualifié que Bonato, la spécialité de gériatrie est tout aussi estimable que la rééducation, et quand tu auras fait ta
formation nous serons cinq, nous avons de bonne chances face à Belleville pour être reconnu comme pôle de gériatrie.
- « Mais ce n’est pas Bonato qui a fait écrire ça, les syndic n’ont pas besoin de lui pour écrire leur papier, et de toute façon c’est vrai, la gériatrie n’est pas une
spécialité, mais une capacité. De plus Belleville est mieux situé géographiquement que Basseville, il y a un service de jour avec psychologue, consultations et bilan par un gériatre, disponibilité
d’un plateau techique, ergothérapeute et kiné, tout cela nous ne l’avons pas, nous ne ferons jamais le poids devant Belleville, et la région investira sûrement plus à Belleville qu‘à
Basseville.
Furieux, Ducon se leva et me dit: « Ah, c’est comme ça, tu travaille avec nous, mais tu es avec lui alors qu’il t’a laissée tomber! Et bien, je m’en souviendrai et tu
regretteras cette trahison.
- « Je ne trahis personne, je ne suis pas « avec lui », je cherche seulement à travailler en bonne entente avec tout le monde, mais je ne peux pas calomnier un
confrère avec qui j’ai travaillé un an, c’est tout. Et cela ne servirait à rien, je ne suis pas invitée, et je ne vais pas m’inviter à une réunion du personnel syndiqué. » Mais Ducon s’éloigna
sans même terminé son repas ni écouter ce que je lui répondais.
Et c’est ainsi que je du faire face à une première « cabale »( le mot cabale désignant un complot de
médecin contre un confrère, s’il existe un terme spécial pour cela, c’est bien que les médecins sont coutumiers de ce genre de fait, et le conseil de l’ordre des médecins est censé s’y opposer
(mais en ce qui me concerne, c’est le président du conseil de l’ordre qui dirigera une cabale contre moi comme nous le verrons plus tard).
Comme nous l’avons vu au chapitre précédent, par vengeance, le Dr Ducon n’hésita pas à mettre en péril la vie d’une de ses patientes pour me nuire, et c’est à ce moment là
que le Dr Péteux s’entretint avec moi dans les termes suivants:
- « Nous voulons que tu partes, tu es dévoué auprès des patients mais tu n’as pas les compétences pour travailler en gériatrie, il nous a fallu du temps pour mettre en route tout les
protocoles que nous avons établi, le personnel a besoin d’être encadré par des gens compétents comme nous si nous entendons devenir un pôle gériatrique régional.
Parts, tu trouveras un travail à Belville, sinon, j’ai des amis à l’hôpital de Belville et si nous réunissons une CME pour demander ton renvoi, tu ne pourras jamais travailler à
Belville. Nous avons des preuves sur des erreurs que tu as commises, si nous les
rendons publiques, cela nuira toute ta vie à ta carrière. »
S’il y a bien une chose que je ne supporte pas, c’est le chantage, et ça c’est du chantage et de l’exploitation. Je devrais accepter de me faire jeter dehors et dire merci de ne
pas me calomnier après avoir remplacé mon chef de service pendant ses congés et deux confrères sur Bélivieux, quelques jours après ma mutation!
Je suis profondément découragée, Mme le Gaulois, la surveillante de La Marine vient me soutenir. C’est une bretonne, une catholique droite et honnête, elle a fait l’école des
cadres infirmiers et admet mal d’être sous les ordres de Mme Tordcu qui n’a pas fait l’école des cadres, elle est sûre qu’elle a attissé la haine de certains médecins de Bélivieux contre moi, car
elle soutient le projet des médecins de Belivieux contre le projet de Bonato de maintenir la rééducation en faisant un service de rééducation classique et un service de géronto - rééducation.
- « Anne, me dit-elle, ne baisser pas les bras, si vous devez partir, sortez par la grande porte, ils n’ont rien contre vous, c’est du Bluff. Battez vous, demandez une réunion de la CME, tous
les médecins seront présents, ceux de Bélivieux, mais aussi les trois de La Marine, c’est Mme Robin qui est présidente de CME, elle aussi vous est favorable. - C’est pourtant elle qui m’a fait muté
à Bélivieux.
- Oui, mais si ce n’était pas vous, il fallait que Julie son assistante qui a la capacité de gériatrie aille sur Bélivieux, et elle ne veux pas la perdre, surtout que ceux de Bélivieux demandaient
son renvoie parce que, malade, elle était dispensée des gardes, - Je sais, et c’est pour cela que j’ai pris ses gardes en plus des miennes. Je lui avais demandé si elle voulait le poste, c’eût été
logique puisqu’elle a la capacité de gériatrie, mais elle m‘avait dit qu’elle ne voulait pas travailler dans une telle ambiance, qu’ils lui mèneraient la vie dure jusqu’à ce qu’elle parte. Comme il
n’ont pas pu la faire partir, c’est moi qu’ils veulent faire partir, mais vous avez raison, je vais me battre, je verrai bien s’ils ont quelque chose à me reprocher; moi en tout cas je peux leur
reprocher à tous où une faute professionnelle, ou une attitude anticonfraternelle.
- Les surveillantes seront présentes?
- Non il n’y aura que les médecins, le directeur, et la secrétaire du directeur, quand il y a une CME, elle doit dactylographier un rapport pendant la scéance, puis le taper à la machine, et il
doit y avoir un exemplaire dans l’établissement. »
A cette époque, mes enfants étaient très jeunes, le dernier avait juste trois ans, je proposais à mon mari de partir avec eux et rendre visite à la famille, en prétextant que
j’étais malade, afin que durant le week end, je puisse établir sur quels points j’allais pouvoir attaquer mes adversaires. Je passais le week end à préparer une défense qui serait une critique sur
leur comportement anti-confraternel à mon égard et sur les fautes professionnelles qu’ils avaient eux même commis mais je cherchais en vain sur quels points ils pourraient m’attaquer.
Enfin, le jour de la CME arriva, j’étais décidé à démissionner et à « vider mon sac ». Je savais que Mme Tordcu, laissait traîner des paroles insidieuses comme
« c’est bizarre qu’il arrive toujours quelque chose quand elle est de garde. »
Mme Robin en tant que présidente de CME, ouvrit le débat en disant:
« - M Péteux, c’est vous qui avez demandé cette CME, à La Marine nous avons toujours tous apprécié Mme Secours, je ne l’ai pas muté chez vous pour que vous la fassiez partir. Qu’avez-vous à
lui reprocher?
- Ce n’est pas pareil, en gériatrie, nous avons des patients poly pathologiques et il faut un médecin expérimenté, Anne manque d’expérience, après son internat de médecine, elle est resté sans
travaillé pendant quatre ans, à La Marine vous avez des patients plus légers.
- Hé bien, dites carrément que tous les médecins de La Marine sont incompétents, répondit Mme Robin.
- Je n’ai pas dit cela! Vous c’est différent, vous recevez des patients de médecine ou de ville pour désintoxication éthylique ou régime diabétique ou cure d’amaigrissement. Mais le service
de Bonato c’est de la rééducation…
- Vous savez très bien que c’est la même population aux deux étages de La Marine, c’est pour cela que l’on veut s’orienter vers la rééducation gériatrique, et vous, vous avez aussi des patients qui
ne sont pas malades mais seulement âgés! Dites carrément que vous ne voulez pas de Mme Secours, et dites nous pourquoi! Mais Mme Robin savait très bien que les médecins de Bélivieux voulaient que
ce soit moi ou son assistante qui parte, et elle s’était opposée à la mutation de son assistante car elle savait qu‘ils allaient très vite la faire « craquer. »
- Non, j’ai demandé à ce qu’aucun médecin de Bélivieux ne dise quoique se soit sur Anne, ce sont des erreurs d’inexpérience, tout ce que l’on dira en CME sera noté, et cela pourrait briser sa
carrière.
C’est alors que je pris la parole et déclarais: « vous voulez que je parte, et moi il m’est impossible de
continuer à travailler dans une telle ambiance, car ce sont les patients qui font les frais de vos intrigues.
-Mme Tordcu dit que c’est souvent quand je suis présente qu’il y a des problèmes? Normal, je règle souvent des problèmes car je suis souvent présente, j’ai, peu de temps après mon arrivée, assumé
la responsabilité du service de rééducation pendant les congés de Bonato, et en plus de mon service, j’ai assuré le suivi médical des patients de Bélivieux quand leur médecin s’absentait, je fais
souvent des gardes de Bonato, et j’ai pris en plus les gardes de Julie, l’assistante de Mme Robin durant son congé maladie, car aucun de vous ne voulait les faire, mais par contre vous vouliez
qu’elle soit renvoyée, et c‘est pour cela que j‘ai pris ses gardes.Eh bien, Monsieur le directeur, je vais évoquer différents problèmes que j’eus à régler du fait de la négligence des autres:
- M X a été accepté dans le service par le Dr Péteux alors qu’on était prévenu que c’était une patiente malmenée par sa fille qui la changeait constamment de maison de retraite et réclamait
régulièrement qu’elle soit hospitalisée. Le Dr Péteux m’a dit que l’hôpital qui nous l’avait adressé avait fait une demande de tutelle, hors il s’est avéré que la demande n’avait pas été faite. Le
Dr Péteux m’a alors assuré que je pouvais faire la demande de sauvegarde de justice et m’a donné un modèle, hors, M le Directeur, vous m’avez dit que seul le Dr Péteux y était autorisé car je ne
suis pas gériatre, et que cela doit être fait par le chef de service. Finalement un jour sa fille est venue pour emmener son père à nouveau à un service d’urgence à plus de 100km d’ici.
J’ai averti le Dr Péteux qui a décidé de laisser partir la patiente.
- Une femme aux antécédents de maltraitance par son mari, vivait dans un foyer pour femme, son mari ne devait pas savoir où elle se trouvait. Il l’a su par le biais d’une indiscrétion du service
d’urgence qui nous l’avait adressé, c’était un homme violent qui avait déjà été condamné pour blessure par balle d’un patron de café. Elle ne voulait pas que l’on lui passe les communications
téléphoniques. Un jour, il a voulu l’emmener de force et j’ai du demander l’aide des gendarmes. Cela m’a vallu d’être menacé par téléphone. Au retour du Dr Bonato, j’ai demandé à ce que les
communications du mari soient transmises au Dr Bonato. Comme on lui avait demandé, la standardiste passait la communication au Dr Bonato, qui prévenu, ne répondait pas et laissait sonné ou
raccrochait, mais cet obstiné rappelait et menaçait la standardiste Aurais-je dû renoncer à protéger cette patiente? L’assistante sociale s’était renseignée également à ma demande car il
avait une fille de treize ans et il l‘avait laissé seule le jour où il fut emmener par les gendarmes hors du service qu‘il refusait de quitter sans sa femme. Précédemment on lui avait déjà enlevé
sa fille qui avait été mise dans un foyer de la DASS, mais un jour il l’a enlevé et la DASS a renoncé à ce placement pour éviter qu’il ne l’enlève à nouveau, (d’autant que la fille ne voulait pas
vivre en foyer), et qu’il parte en cavale avec elle. De temps à autre, sa fille partait chez ses grands parents, à 5km de son domicile, mais n‘y restait pas, elle allait et venait à sa guise,
cuisinant bien souvent son repas. Fallait-il que je ne fasse pas d’histoire, le laisse emmener sa femme contre son gré, sous prétexte qu’une fois sorti de rééducation, cette femme retomberait sous
ses griffes?
- Une autre fois, une parente d’un patient, a fait une crise hystérique avec spasmophilie, je l’ai fait respirer en milieu clos, le Dr Péteux m’a reproché de ne pas lui avoir administrer une
injection de tranxène 20mg. Doit-on faire une injection de benzodiazépines à une personne en visite qui devra faire une centaine de km pour rentrer chez elle?
- Mais je n’ai rien à vous reprocher effectivement, si ce n’est que vous ne devez pas faire des demandes de protection judiciaire, déclara le Directeur, j’ai toujours été satisfait de la manière
dont vous avez géré les choses.
- Je m’adressais à nouveau vers mes confrères: «vous dites que je manque d’expérience, vous ne vous êtes cependant jamais posé cette question quand vous vouliez prendre vos congés ou quand il y
avait des gardes à assumer. Dites moi en quelle circonstance vous jugez que j’ai mal rempli mes fonctions. »
- Ne dites rien, déclara le Dr Péteux à ses confrères, et s’adressant à la secrétaire de la direction, ne notez rien.
-Eh bien, repris-je, si vous ne voulez rien dire, moi je vais dire ce que je vous reproche, et vous serez alors plus à l’aise pour me critiquer:
- Mireille Bongenre est partie en vacances sans prévenir, quelques jours après mon arrivée à Bélivieux, j’eus mon service en plus du sien à
assumer. Elle avait pris un rendez vous en consultation pour une patiente, le courrier n’était pas fait et personne n’a pu me donner les renseignements que je demandais.
- Ducon a commis sciemment une faute professionnelle lourde, voici la preuve, regardez la biologie, et l’infirmière témoignera qu’elle avait
signalé l’hématémèse.
- C’est faux!à ce moment là ce n’était que des débris alimentaire, elle a du saigner après.
- En tout cas le lendemain tu m’as accusé de faire mourir la patiente d’un choc septique! Et il n’y a dans le bilan biologique aucun signe
de réaction inflammatoire et la patiente était apyrétique, par contre il y a une hyperammoniémie et un état subfébrile qui accompagne les mélénas (sang dans les selles)
Je suis épuisée nerveusement par l’attente de cette CME, inébranlable, le Dr
Péteux continu de répéter sans arrêt « que personne ne dise rien » et à la secrétaire
« Ne notez rien ». Et effectivement aucun rapport de cette CME n’est fait avec l’accord du Dr Robin, car aucun médecin n’a envie que l’on mentionne une action criminelle d’un médecin, ne
tenant pas à entacher la réputation de l’établissement.
Devant cette « bataille de tranchée », je me lève et pars en disant « de toute manière je démissione, je n’ai plus le courage de travailler avec vous. »
Je pense en moi-même, on m’a assez exploitée, sans contester j’ai pris les gardes dont personne ne voulait, remplacer mes confrères pendant leurs congés. Quand j’ai été mutée de la Marine à
Bélivieux et remplacée par le neveu de Mme Tordcu, j’ai trouvée la directive adressée au Dr Bonato posée sur son bureau que j’occupais, car il venait de rentrer de congés et je l’aidais dans les
tâches administratives. Je lui la portais immédiatement, il me répondit qu’il n’était pas au courant, il n’avait rien demandé. Nous sommes allés voir Mme le Dr Robin, je lui ai dit: « mon
contrat n’est pas terminé, il dure jusqu’en novembre, si je dois être muté, je changerai à ce moment là ». « Pas question me répondit-elle, où vous mutez maintenant ou en septembre
on ne renouvelle pas votre contract, vous partez! » J’aimais vraiment mon travail à La Marine, aussi demandais je à Julie dont j’avais précédemment pris toutes les gardes si elle voulait
le poste sur Bélivieux, puisque c’était un poste de gériatrie et qu’elle avait la capacité de gériatrie, mais elle refusait disant qu’il lui étaient impossible de travailler avec de tels confrères
qui ne manqueraient pas de la mettre en difficulté pour obtenir son renvoi. Et maintenant c’était moi qui me trouvais dans l’obligation de partir. Il s’agissait d’une démission, normalement je
n’aurais pas dû avoir droit à l’allocation chômage, mais étant donné les circonstances, le directeur fit en sorte que cela soit présenté comme une fin de contrat afin que je puisse bénéficier de
l’allocation chômage dès la fin de mon contrat en octobre. En attendant la fin de mon travail, il fut convenu que je resterai à La Marine où le neveu de Mme Tordcu, Jean Janfoutre, occupait
déjà le poste d’assistant de rééducation. Nous étions en août, un temps plus prospice à la baignade qu’au travail, et je n’avais pas de travail, il n’y avait pas de travail pour trois médecins à La
Marine. Mme Robin ne cessait de me répéter:
« -Faites vous mettre en maladie, Anne, plutôt que de passer de longues journées à faire des heures de présence, vous seriez mieux chez vous, surtout que vous avez des enfants en bas âge.
- Certainement, lui répondis-je, mais je n’ose pas raconter n’importe quoi à un confrère pour qu’il m’arrête, mais c’est vrai que cette histoire m’a cassé le moral.
- Eh bien, justement, c’est normal de vous arrêtez, vous allez voir un confrère vous lui dites que vous avez besoin de vous arrêtez, il ne va pas cherché à comprendre, il sait bien qu’un médecin ne
s’arrête pas pour rien, en plus ce n’est pas la sécurité sociale qui va payé, vu que la CARMF ne paye qu’au 3eme mois, c’est votre mutuelle, avec tout ce qu’on donne, les mutuelles peuvent payer
quand on a besoin d’elle. »
Un autre jour je discutais avec Jean Janfoutre. Peu de temps après son arrivée à La Marine, deux mois plus tôt, les commentaires allaient
bon train, les infirmières se plaignaient de son désintérêt des patients, de ses refus de se déplacer quand il était de garde, à tel point, que suite à un refus, les infirmières se plaignirent au
Directeur qui lui adressa un rappel de ses obligations d‘astreinte par écrit. Contrairement à sa prétentieuse de tante, MmeTortcu, c’était un jeune homme plutôt sympathique, humble, et de contact
facile. Pour mieux m’humilier, sa tante, a son arrivée, avait voulu me déloger de l’appartement que j’occupais les week end de garde, à un étage inoccupé, servant de logement pour les médecins les
jours d’astreinte, ne résidant pas à Basseville. Le mien était simplement un peu plus grand que cet appartement vide avec plus de lits, ce qui me permettait de recevoir ma famille les week end
d’asteinte. Mme Tordcu, faisant fi de mes services depuis un an, prétendait me déloger, me donner l’appartement vide, pour que son neveu puisse occuper le mien, ce qui revenait à interdire à ma
famille de venir me rejoindre les week-end de garde, sous prétexte « qu’étant plus qualifié que moi, c’était à lui de choisir son appartement. Janfoutre, lui, fut choqué d’une telle
attitude et me dis qu’étant divorcé et seul, cet appartement lui convenait parfaitement pour simplement « potasser » ses examens. Après que j’eus donné ma démission, Janfoutre me tint ce
discours: « tu t’investis trop dans ton travail, moi les patients j’en ai rien à foutre, ce qui compte c’est de ne pas les emmerder ces administratifs.Par exemple, regarde les problèmes
de sécurité que cela a posé, de ta volonté de vouloir protéger une alcoolique de son psychopathe de mari. Dès qu’elle sera sortie, elle va se remettre à boire et elle n’aura pas la volonté de
s’opposer à son mari, elle va se remettre avec lui, personne à l’extérieur ne la protègera. Quand il est venu la chercher, il ne fallait rien dire, et tu déclarais une fugue. En quoi le sort de
cette ivrogne te consterne?
« - Je ne m’occupe pas de son avenir, je me contente de respecter les droits de mes patients, et mes obligations professionnelles. Si elle ne veut pas de communications téléphoniques,
c’est son droit. D’ailleurs tant qu’elle s’est sentie protégée et n’était plus harcelée par ce fou, elle est restée sobre, elle s’est remise à boire uniquement quand Bonato a demandé qu’on ne
filtre plus ses communications au standar, la standardiste en a assez d‘être insultée. Et protéger ses patients, fait partie des obligations professionnelles du médecin, elle refusais de quitter le
service, un pied dans le plâtre, en compagnie de son mari, je ne pouvais permettre qu’on rentre dans le service comme dans un moulin, et qu’on enlève une patiente contre son gré, son mari n’a pas
de droit tutellaire sur elle.
- C’est bien beau les grands principes me répondit Janfoutre, mais les administratifs n’en ont pas, et tu les emmerdes avec ça, les grands principes ça ne changera pas les choses et c’est toujours
les médiocres sans scrupules et ambitieux qui se font une place au soleil. Depuis mon divorce, je vois les choses sous un angle bien différent d’auparavant
-Eh bien, je te plains, lui dis-je, tu es encore bien jeune pour être si amer et cynique, moi, je veux rester fidèle à moi-même, défendre les valeurs qui sont miennes, je refuse d’être modelé par
la volonté des médiocres, ils ne me changeront pas. Ils auront peut être ce qu’il voudront en biens matériels, mais quand ils mourront, leur vie sera sans valeur, ils ne sauront pas pourquoi ils
ont vécu, ils auront connu les plaisirs, mais jamais le bonheur de sa propre joie partagée par les autres. L’amour d’un travail enrichissant pour soi même d’abord, et pour les autres, l’amour de
ceux qui nous ont précédés, de ceux qui nous entourent, et de ceux qui nous suivent, il n’y a que cet amour là qui nous donne un sentiment de bonheur éternel, qui nous fait oublier ce dépouillement
total qu’est la mort. La seule chose qui importe c’est de pouvoir aimer et être aimé pour nous même, jusqu’à notre dernier souffle. »
- Janfoutre haussa les épaules, « des paroles tout ça, un jour tu comprendras qu’on doit flatter ceux qui ont le pouvoir, et ceux qui ont le pouvoir ne sont pas des altruistes, pour
survivre il faut être comme eux: sans scrupules et sans pitié. On progresse en servant les intérêts de quelques uns, pas l’intérêt général, mieux vaut savoir flatter que travailler. Met toi en
maladie, qu’as-tu à gagner à rester ici, de toute façon, il n’y a pas de travail pour trois dans le service, on ne peut que se gêner. »
-C’était l’été, puisque tout le monde me pressait tant de partir, autant le faire et m’occuper de mes enfants qui ne demandaient pas mieux d’avoir leur maman à la maison et qui les emmène
se baigner par cette canicule.
D’autre part je souffrais terriblement de cette trahison, et tant que je serai dans les murs de La Marine je ne pourrai l’oublier. Il me fallait oublier, récupérer physiquement et moralement pour
repartir du bon pied, ailleurs.
J’avais trois beaux enfants en bonne santé, un mari qui m’aimait, et c’était là le principal. Même si être en maladie me gênait malgré que tous m’y poussait, je me suis dit que
j’allais compenser le manque de temps à donner aux enfants du fait d’un travail et de long déplacements pour s’y rendre, et les emmener se baigner dans notre belle région à lacs, pratiquement tous
les jours.