suite roman noir de la médecine (fin chap 2)

Un jour, alors que je faisais mes consultations à mon bureau, le Dr Cassel me téléphona:
- Allo, Dr Secourt? Je suis le Dr Cassel, Président du conseil départemental de l‘ordre des médecins, vous vous doutez de la raison pour laquelle je vous téléphone?
- Oui, bien sûre, j’ai eu votre courrier.
- Puis je passer à votre bureau? Je dois me rendre à l’hôpital de Belleville, de toute manière, rendre visite à un ami hospitalisé. Quand pourrions nous nous rencontrons?
- Quand vous voudrez.
- Quand vous voudrez, vous, je suis retraité, je peux être plus aisément disponible.
- Alors, je préfèrerais en début d’après midi.
- Eh bien disons à 14H30.

    Je me suis senti perdue dès cet instant. Un collègue hospitalier un jour m’avait prévenu alors que je lui demandais conseil, pouvait-on contacter un médecin gériatre de l’hôpital de Chambréville pour que les patients soient revus en consultation de gériatrie après 2mois de séjour à Prisonvieux quand ils venaient de Chambréville?
- Non, me dit-il d’un ton ferme, il ne faut joindre personne. L e conseil de l’Ordre en serait informé, le président du conseil de l’Ordre engage des procédures contre les médecins coordinateurs qui s’opposent aux médecins - directeurs, pour « défaut de confraternité », « ils«  font une enquête fouillée sur votre vie privée. Naïvement je pensais, ils peuvent fouiller, j’ai rien à cacher, j’oubliais que « qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ».

    Lorsque le Dr Cassel se présenta à mon cabinet, je vis tout de suite qu’il avait décidé que j’étais paranoïaque et qu’il m’avait jugée sans m’entendre. Il s’adressa à moi comme si j’étais un personnage plein d’orgueil et qu’il entendait manipuler par la flatterie. « Je vous remercie de bien vouloir me recevoir, me dit-il avec un accent de fausse humilité ». Puis il me dit:
-  Je connais bien M Pian, c’est un homme de mon âge, un ami que je vois souvent, aux journées de formation gériatriques. Il a montré votre lettre à un psychiatre qui lui a dit qu’il y avait incontestablement dans cette longue lettre, une accélération de la pensée qui nécessite une psychothérapie, pris à temps, tout rentrera dans l’ordre, sinon un jour vous pourriez être dans l’incapacité de travailler. Ainsi l’affaire était jugée, avant même que je puisse donner ma version des faits puisque le service d’inspection fermait les yeux sur la maltraitance existant à Prisonvieux, et que son chef, M Pian, était « un ami du Dr Cassel ». Tout était dit, je n’avais plus qu’à m’incliner, mais je ne l’entendais pas ainsi et répliquais: « ce courrier a pu vous paraître incompréhensible, car il y avait une énumération de partiels de phrases entendues lors de quelques coups de fil au service d’inspection, mais suffisamment évocatrices pour me faire comprendre qu’une enquête sur ma vie privée était faite. Mais je peux vous expliquer chaque phrase, avez-vous la lettre?
- Non je ne l’ai pas, mais ne devriez vous pas voir une psychologue, plutôt que de confier vos problèmes à un administratif?
- Mais je n’ai rien confié du tout, j’ai repris les termes exact de ce que j’ai entendu au téléphone, il y avait toujours au moins deux personnes dans la pièce, et j’entendais ce qui se disait dans la pièce.
- On sent que vous m’exposer tout cela avec passion, vous avez besoin d’aide pour passer à autre chose.
- C’est déjà fait, j’écris un roman en ce moment, et Prisonvieux est loin derrière moi maintenant.
    Voyant que malgré sa bonhomie faussement amicale, je ne cèderai pas, il partit, visiblement irrité. Je lui adressais quelques jours plus tard, les premières pages de mon roman afin de lui monter que je pouvais aussi écrire de longs textes cohérents et que « j’étais passé à autre chose » pour reprendre son expression. Une ou deux semaines après sa visite, je reçu une lettre de sa part m’intimant sans autre forme de procès de consulter un  psychiatre dont je devais lui donner les coordonnées afin « qu’il lui donne ses instructions, » c’est-à-dire selon moi, qu’il lui présente une version mensongère de mon histoire, moi une psychotique qui confiait ses impressions à un M Pian, inspecteur intègre!
    Scandalisée par une telle hypocrisie et injustice, je téléphonais au Dr Cassel, maîtrisant mal ma colère, d’autant que la veille, mon fils aîné avait eu un grave accident de voiture dont il était sorti blessé superficiellement mais qui aurait pu lui coûter la vie.
- Je n’ai pas l’intention de faire une psychothérapie car je ne présente aucun trouble psychiatrique.
- Dans ce cas là, je me verrai dans l’obligation de mettre en route une procédure pour  vous interdire de travailler.
- Le conseil de l’Ordre des médecins, est censé régler un différent soit entre médecins, soit entre médecins et patients, hors M Pian n’est ni l ’un ni l’autre. Si vous maintenez votre décision, je porterai plainte contre M Pian pour diffamation, et contre vous pour « abus de pouvoir ».
 Le Dr Cassel eut un petit rire méprisant et déclara:
- Cela ne vous mènera à rien, mais faites le, l’enquête vous  permettra peut-être de prendre conscience de vos troubles, dit-il avec assurance.
    Sur ce je me rendis directement à la gendarmerie pour déposer plainte.

    J’étais dans un état émotif important, encore secouée par l’accident de mon fils, sans soutien moral, comprenant d’emblée que l’on voulait me perdre car j’avais eu l’arrogance de mettre en cause des personnes ayant des relations dans le microcosme relationnel des petits notables du département. Nous avions un grand tort:
- celui de ne pas être « propriétaires », mais locataires de logements sociaux. En effet, pendant longtemps je ne travaillais que durant une partie des vacances scolaires des enfants, et donc nous n’avions qu’un salaire mensuel régulier, celui de mon mari.



    A mon arrivée, je fus reçu, à travers un guichet, par un gendarme qui semblait avoir environ 25 ans. Il vit tout de suite que j’étais fortement émue, sa voix était claire, sereine et rassurante, immédiatement, il m’inspira confiance malgré son jeune âge.
    La voix tremblante et les yeux larmoyants, faisant un effort sur moi-même pour parler calmement, je lui dis: « je viens déposer plainte contre le Président du conseil de l’Ordre des médecins pour abus de pouvoir, et pour diffammation contre M Pian, inspecteur attaché au service de protection  des personnes âgées.
    Il me regarda avec sérieux et l’air surpris, très émue, je lui tendis la lettre de convocation avec un air catastrophé, sans dire un mot de crainte de pleurer, les yeux embués de larmes, puis je lui dis: «  je travaille depuis plusieurs années sur Belleville, certains de vos collègues doivent me connaître, ils pourront vous dire que je suis quelqu’un de sensé pour avoir fait appel à moi au cours d’une garde.
- Mais bien sûr, entrez.
Une fois installée assise face à lui, de l’autre côté du bureau et ayant deux autres gendarmes dans la même pièce vaquant à leur occupation, je lui expliquais les raisons de mon départ de Prisonvieux, comment j’avais été piégé par le Dr Plouc et M Pian.
Nous étions en septembre 2007.

     Je croyais naïvement que je serais confrontée à M Pian, que quelques membres du personnel seraient convoqués à la gendarmerie et j’espérais qu’en ma présence, la peur de perdre un emploi pour un personnel sans qualification, ne les empêcheraient pas de témoigner de l’inadmissible. Mais M Pian n’entendait pas que l’inefficacité par incompétence ou par corruption de son service soit connue. Aussi accepta-t- il le secours du Dr Grondin. Ce dernier, trouva le soutien de confrères de ceux qui n’appréciaient pas ma liberté de langage, le Dr Caveau témoigna que j’avais déjà eu un problème relationnel il y avait quelques années et qui aussi c’était soldé par une démission et un arrêt maladie, j’étais donc, comme le dira le Dr Grondin à  M Pian « psychologiquement fragile ». M Pian, en avertit le président du conseil départemental, M Cassel qui lui dit  « Donne moi sa lettre, il faut lui apprendre à se taire et être respectueuse envers un supérieur hiérarchique. Un médecin ne doit pas critiquer un confrère à un service administratif, il doit s’adresser au conseil de l’ordre en cas de litige. Je l’avais déjà empêché il y a quelques années de nuire à la réputation d’un confrère et d’un établissement de gériatrie. Elle accusait carrément son confrère d’homicide volontaire sur une patiente! »
Pour mieux appuyer la thèse de mythomane paranoïaque, le Dr Cassel ressortit donc cette vieille histoire de son placard. Il y a quelques années, je l’avais contacté parce qu’un confrère le Dr Ducon n’avait pas hésité à laisser sans soins une patiente et commettre une lourde faute professionnelle  en voulant faire croire à une négligence coupable de ma part. Il enleva une sonde gastrique qu’une infirmière avait posé à une patiente âgée du service de gériatrie car il lui semblait que la patiente avait vomi du sang, en prétextant qu’il n’y avait dans le sac d’évacuation que des débris alimentaires et pas de sang. Quelques jours plus tôt, j’avais été appellée par une infirmière du service du Dr Ducon en son absence auprès de cette patiente qui était fiévreuse et présentait un petit encombrement bronchique. Je lui avais prescrit un bilan biologique qui devait montrer une infection urinaire, cependant, comme il est d’usage, je lui prescrivais une antibiothérapie probabiliste en attendant les résultats biologiques.
Quand le résultat bactériologique du prélèvement urinaire revint, le Dr Ducon était encore absent, et c’est encore moi qui vis les résultats, il y avait un germe urinaire résistant mais la patiente n’était plus fébrile. C’était le soir, le lendemain le Dr Ducon était présent, la patiente n’étant plus fébrile, je laissais l’examen bien en évidence sur son bureau avec un mot pour qu’il juge s’il change ou non l’antibiotique(la fièvre était probablement pas d’origine urinaire). Le lendemain, après qu’il eut enlevé cette sonde gastrique, le Dr Ducon passa me voir dans mon service et me déclara:
- « Tu n’as pas changé l’antibiotique immédiatement, je l’ai fait le lendemain mais c’était trop tard, là elle est dans un état comateux, elle a fait un choc septique. Elle va décéder, c’est de ta faute, heureusement, tu as de la chance, elle n’a pas de famille! »
- « Mais elle n’avait plus de fièvre! »
- « Et alors, ça existe des septicémies apyrétiques! »
- Suspicieuse, je décidais, de passer discrètement dans son service entre midi et 14h afin de vérifier ses dires.
J’allais trouver l’infirmière, et lui demandais comment allait la patiente.
- Mal me répondit-elle, elle n’a plus de fièvre, mais je ne comprend pas, hier je suis partie, le Dr Ducon m’avait dit qu’il poserait la sonde avec ma collègue, arrivée pour me relever, et la patiente n’a pas eu de sonde gastrique, et aujourd’hui elle fait des mélénas (selles noires de sang digéré). Je constatais que l’infirmière avait raison, je lui demandais de piquer un second bilan biologique et d’appeler un autre médecin pour traiter cette patiente. J’expliquais la situation à ce confrère, Mme Parano, lui demandant de prendre en charge cette patiente car, lui dis je,  « je ne veux pas soigner une patiente à Ducon pour qu’ensuite il m’accuse de tuer ses patientes!
- Mais non, me répondit-elle, il ne l’a pas fait volontairement, Ducon est étourdi, ce n’est pas la première fois qu’il fait n’importe quoi! »
   
    Mais il faut que je vous expose cher ami lecteur, comment je suis arrivé dans ce service de gériatrie à  Villefranche le Bas où aucun de mes confrères ne souhaitaient ma venue.


































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  • : formation:médecin centres d'intérêts:histoire et étude des religions,écologie,sociologie. écrivain:auteur de "plaidoyer pour un monde viable"(commande aj56@live.fr)-sociologie- et "le temps des révélations" roman à thèmes, chez publibook

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